Guérir, mais de quoi?Dans son dernier livre, la théologienne genevoise Francine Carrillo propose une réflexion sur la guérison. A lire que l’on soit souffrant ou bien-portant.
"Guérir, ce n'est pas forcément retrouver la santé!"[Ecoutez Francine Carrillo dans Paroles de Vie (env. 15 min), sur paroles.ch] «Au début de votre livre, "Guérir, mais de quoi?", vous citez l’écrivain suisse Charles-Ferdinand Ramuz: "Il faudrait d’abord guérir de soi-même, je veux dire de ses imaginations." Serions-nous des malades imaginaires? Ce qui nous rend souvent la vie difficile, ce sont les pensées négatives qui nous traversent. Lorsqu’on est souffrant, ou gravement malade, le plus dur est de se réconcilier avec ce que l’on est devenu. Pour moi, cette réconciliation est une grande partie du processus de guérison. Et de quelles imaginations faudrait-il guérir? Avant tout de l’idée que nous sommes immortels. Ce fantasme est mis en évidence dans le livre de la Genèse, lorsque le serpent tente Eve et lui dit: "si tu manges du fruit de l’arbre de la connaissance, tu ne mourras pas". Aujourd’hui, alors que nous maîtrisons de plus en plus le début et la fin de la vie, la médecine pourrait nous conforter dans cette illusion. [...] Paradoxalement, plus on rêve d’immortalité, moins on veille sur ce qui en nous est de l’ordre de l’immortalité, c’est-à-dire cette petite lumière intérieure qui nous est donnée d’un Autre que nous-mêmes. Je crois que le travail de la vie spirituelle, c’est de prendre conscience de notre fragilité, mais aussi de ce que l’apôtre Paul appelle le "trésor dans des vases d’argile", qu’on peut aussi signifier par l’image du Souffle. Peu de gens sont prêts à faire ce travail exigeant, peut-être parce qu’il est plus facile d’avaler des médicaments ou de demander à d’autres de nous trouver une solution, plutôt que de se positionner dans sa propre vie et de se demander où on en est soi-même. Mais se demander où on en est dans sa vie ne va pas nous guérir d’une maladie… Non, mais il faut peut-être aussi abandonner l’idée que l’on guérit! La vraie guérison, ce n’est pas forcément de recouvrer la santé, de se retrouver tel qu’on était avant. Quand on traverse une grande épreuve, on n’en ressort pas indemne, et on n’en sort pas idem non plus! On n’est plus le ou la même, mais on a été transformé par ce qu’on a vécu. La guérison, c’est peut-être aussi se réconcilier avec ce que l’on est devenu au travers d’une maladie. Une maladie qui, mystérieusement et suivant la réponse qu’on lui a donné, nous a peut-être aussi transformés, dans le bon sens du terme. Est-ce que la maladie devrait ou pourrait être une occasion de rencontrer Dieu? Oui, bien sûr! La maladie est le lieu de toutes sortes d’états d’âme: la révolte, le déni, la colère. Parfois, au travers du dénuement absolu, nous nous découvrons reconnus et aimés pour qui nous sommes; nous réalisons alors que Dieu est plus grand que notre cœur, et que nous sommes appelés à être fidèle à l’appel de la Vie en nous. C’est chaque matin, qu’il faut se remettre debout et rendre grâce! A lire (disponible à la librairie de Radio Réveil) Francine Carrillo, Guérir... mais de quoi?, Ed. Ouverture, 2011 Cette interview a également fait l'objet d'un article paru dans "Christianisme aujourd'hui", juin 2011 |

